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  • Photo du rédacteurRihab Hdidou

T'en veux des good vibes ?

Dernière mise à jour : 21 oct. 2021

La pandémie fait des ravages sur notre santé émotionnelle et mentale. C'est indéniable. Que peut-on faire pour affronter les retombées négatives de cette période anxiogène sur notre moral ? Existe-t-il une attitude appropriée, une recette miracle, pour aborder mentalement l’adversité et éviter qu’elle nous submerge ? Les conseils contradictoires surgissent de toutes parts. On attend patiemment que ça passe ? On force un peu le sourire et on reste positif.ve ? On plaque tout et on déprime ?



La positivité ?

Ce courant, tout droit sorti de la culture américaine, inonde littéralement nos réseaux sociaux (voire nos vies) pour nous exhorter à nous concentrer sur LE PO-SI-TIF. Il nous explique que, dans une situation difficile, le secret consiste à adopter une attitude positive, et à nous entourer de joie. Si on en croit les adeptes de ce mode de pensée, feindre le bonheur finirait par nous convaincre qu’il est réel et pourrait même influencer notre destin.

À titre d’exemple, c’est ce qui pousse certain.e.s à nous conseiller de « garder le sourire surtout, et tout ira vite mieux » ou encore « c’est dans la tête, le positif attire le positif ». Nous avons tou.t.e.s notre lot de « Good Vibes Only », de citations bienveillantes et autres platitudes rassurantes qui défilent partout sous nos yeux remplis de larmes de désespoir.


Photo de Andre Moura provenant de Pexels


L’excès de positivité nuit gravement à notre santé mentale


Des études récentes nous alertent : en temps de pandémie, comme dans toute autre situation de profond mal-être, cette injonction au bonheur devient nocive. Cette posture constante d'hyper positivité invalide nos émotions négatives en les associant à l’échec ou à de la faiblesse, et nous culpabilise quand nous ne parvenons pas à reprendre le dessus.

Quand notre vie vire au drame, que nous nous sentons dépassé.e.s, anxieux.se.s, déprimé.e.s et seul.e.s, tous ces messages joyeux aux graphismes colorés qui nous ordonnent d’être heureux.ses, de nous aimer et de voir les choses du bon côté, ça nous démoralise encore plus et ça peut même, dans certains cas, conduire tout droit à la dépression.


Les psychologues appellent ce phénomène : la positivité toxique


« Éloignez-vous des ondes négatives », « Protégez votre paix intérieur ».

Cette incitation à nous extraire de toute réalité négative pour nous en préserver, revient en réalité à nous couper, en toute décontraction, des personnes qui pourraient avoir besoin d'exprimer leur souffrance. Dans l'objectif de pouvoir pleinement nous consacrer à nous-mêmes, à notre rayonnement et au développement de notre bonheur personnel.

Cette idée nous laisse seul.e.s, face à notre individualité et notre mal-être non exprimé. Avec, en prime, l'impression amère que le monde entier s'en sort mieux que nous, étant donné que notre feed Instagram déborde de happiness.



Être "positif" ça veut dire quoi ?


Comment définit-on le « positif » ? Rappelons que ce mode de pensée nous vient des Etats-Unis. Dans ce modèle exemplaire de société occidentale, est-ce que la définition du bonheur ne se résumerait pas essentiellement au confort matériel et à la réussite personnelle ? Ou à une forme de validation de la bonne conformité de notre vie (et de notre personne) aux standards imposés ? Finalement, est-ce qu’on ne s’épuiserait pas un peu à courir collectivement vers un idéal un peu daté ?


La notion de positivité toxique nous soulage d’un poids énorme. Elle nous dit que nous ne sommes pas obligé.e.s d’être heureux.ses tout le temps, à tout prix, quitte à faire semblant. Elle nous murmure doucement à l’oreille que parfois, aller mal, ça fait du bien. Par exemple, quand nous nous débattons au beau milieu d’une crise sanitaire d’ampleur interplanétaire. Cette pensée nous fait une petite caresse rassurante sur la tête et nous dit d’une voix toute douce que nous n’avons pas à avoir honte de ressentir des émotions négatives, ou même de vouloir les hurler au monde. C’est parfaitement NORMAL et LÉGITIME.



Peut-être n'avons-nous pas besoin de bonheur, mais de sens ?

C'est ce que nous dit une autre théorie qui émerge en ces temps de pandémie : l’OPTIMISME TRAGIQUE. Ce terme apparaît pour la première fois en 1985, dans les travaux de Viktor Frankl, un psychiatre autrichien survivant de l’holocauste.

En opposition totale avec la positivité toxique, l’optimisme tragique nous dit que finalement, cell.eux qui s’en sortent le mieux ne sont pas nécessairement cell.eux qui se concentrent sur la recherche du bonheur, mais de sens. Selon Viktor Frankl, "le bonheur ne se poursuit pas, il s’ensuit".


Ce courant nous invite à ne pas nier nos sentiments de désespoir et de tristesse. Au contraire, nous devrions les accepter sans honte ni culpabilité, parce que c'est précisément en eux que nous puisons les ressources qui nous font grandir et nous transformer. Selon Frankl, l’optimisme tragique décrit l'aptitude humaine à créer du sens, à évoluer et à construire sur nos expériences négatives, à maintenir l’espoir malgré les souffrances inéluctables.


L’optimisme tragique serait donc l’un des ressorts précieux qui aide l’humain à fabriquer du sens. C’est en ça qu’il se distingue de l’injonction américaine au bonheur. La recherche de sens peut être stressante, elle demande des efforts et elle ne rend pas nécessairement heureux.se. En revanche, dans la durée, nous finissons par ressentir un sentiment profond d’enrichissement, nous nous sentons plus inspiré.e.s, comme rattaché.e.s à quelque chose de plus grand qui nous décentre de nous-mêmes. Frankl nous rappelle que nous disposons d’une aptitude précieuse : changer notre souffrance en motif de réalisation et d’accomplissement.

La pandémie serait donc créatrice de sens ?

N’exagérons rien. Comme toutes les théories, celle-ci doit être relativisée. Il ne s’agirait pas de remplacer une recherche épuisante de bonheur et de positivité par une quête de sens tout aussi oppressante. Grandir et apprendre dans les moments difficiles, ça reste plus accessible pour certain.e.s que pour d’autres, en fonction de la situation, de l’autonomie, des ressources, des privilèges... Soyons vigilants et ne tombons pas dans une nouvelle forme d’injonction individuelle.


Aussi, il ne s’agit pas de minimiser le niveau d’angoisse ressenti, qui est le même pour tout le monde. Les « optimistes tragiques » vivent le désespoir de manière intense et reconnaissent avec lucidité l’horreur qui les entourent. En revanche, ils.elles savent mieux que quiconque déceler les lueurs d’espoir, si petites soient-elles. C’est précisément en elles qu’ils.elles choisissent de trouver refuge et ils.elles y puisent la force et le soutien dont ils.elles ont besoin pour surmonter.

Alors, finalement ?

L'optimisme tragique s'envisage surtout de manière collective. Il démontre, études chiffrées à l'appui, que souvent, dans l’adversité généralisée, naissent de jolis sentiments de solidarité, de créativité, de gratitude et d'amour. Par exemple, c’est l'optimiste tragique qui nous a porté jusqu'à nos fenêtres pour applaudir les soignants au lendemain du choc émotionnel provoqué par le confinement. C'est lui qui a conduit nos restaurateurs, durement éprouvés, à leur préparer des plats réconfortants.


Nous avons tous observé qu'une partie de notre entourage se recentre sur des valeurs plus solidaires. Des groupes et des initiatives d’entraide apparaissent ici et là. Localement, les gens s’organisent. Beaucoup nous confient que leurs liens amicaux ou familiaux se sont resserrés.


Ce sont autant de petites lueurs d'espoir dans lesquelles nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir nous réfugier. Finalement, on se prendrait presque à rêver que tout ça finisse par créer un monde d'après un tout petit peu meilleur.


Sources

© Photo 1 : Vickie Intili provenant de Pexels

© Photo 2 : Andre Moura provenant de Pexels

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